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EPISODE 6 : LILA-ROSE - PIQUE-ASSIETTE OU PRINCE CHARMANT ?
Ce mois-ci :
Episode 7 : Lila-Rose - Au détour d'un rayon
Episode 6 - 2e partie
Episode 5 : Lila-Rose - Telle mère, telle fille !
Episode 4 : La Saint-Valentin de Lila-Rose
Episode 3 : Le shopping cadeaux de Lila-Rose
Episode 2 : Lila-Rose joue les "wedding-planner"
Episode 1 : Lila-Rose revisite le style baroque
Quelle est votre collection favorite chez Cristal d'Arques Paris?



Pique-assiette ou prince charmant ?

"Comment ça : une femme à la mer ?"

Mathilde ne me racontera pas cette histoire en détail : nous arrivons déjà chez Léonie. En fait, tu verras par toi-même. Tiens, gare-toi là, ce sera plus simple pour décharger la voiture.  Elle appuie trois fois sur le klaxon pour avertir notre hôtesse ; dans le même temps, j’éteins la radio, coupe le moteur, claque la portière et… Silence… Le temps s’est arrêté. Autour de moi : un océan d’herbe verte baignée de lumière et une île de pierres meulières judicieusement appelée "En toute quiétude". Ce havre de paix me plonge soudain dans les souvenirs de mes premières amours littéraires : "Luxe, calme et…

- Maaaaaaaaaaaaath’ !!! Liiiiiiiiiiiiiilaaaaaaaaa !!! "

Bon. Aujourd’hui, visiblement, je n’aurai que le luxe. D’ailleurs, comme d’habitude, j’étais en charge d’apporter tout le cristal nécessaire à notre déjeuner princier. Comme d’habitude aussi, à peine débarquée, Mathilde a déjà disparu. "Euh… Je peux avoir un coup de main pour la vaisselle ou c’est trop demander ?" Pas de réponse. "Eh-oh, du bateau ?" 
Rien. Je monte le perron, passe la tête à la porte. "Les filles ?
- Par ici ! Viens vite, on a besoin d’aide !"

La voix qui inverse les rôles vient du fond de la maison. Je traverse le vestibule, le salon, la salle à manger – tiens ! bizarre, ce bruit, quand on marche sur la moquette – et trouve l’étroit corridor – ben ! c’est quoi cette flaque, là ? – qui me mène enfin à la cuisine… "Dites, est-ce que l’une de vous deux a cassé un vase dans le… "

La vision est digne d’une carte postale signée "Bons Souvenirs de Bretagne" : Math’ a "ourleté" son jean jusqu’au-dessous des genoux, Léo’ est encore en tenue de nuit – marcel Petit Bateau et caleçon d’homme –, et, dans une eau trouble, à grands coups de bols peints aux noms de Sylviane et Gwénaël (les parents de notre hôtesse), elles s’évertuent à minimiser les dégâts d’une inondation.

"Ça te dirait pas d’enlever ce sourire moqueur de ton visage ?
- Et tes Repetto aussi, tant que tu y es ! On serait pas trop de trois à éponger !
- Tu veux dire : patauger ! En fait, c’aurait été avec plaisir, mais aujourd’hui, c’est impossible : j’ai piscine !
- Très drôle ! Mais si c’est pas nettoyé et sec avant demain, j’en connais une qui va écoper d’une exclusion du domicile parental à perpétuité ! T’as vu le parquet du couloir ?"  Oui, difficile de faire plus flottant ! "Et autant dire adieu aux fastes festins chez votre "serviteuse" !" 

Touchée. J’ai plus qu’à me mouiller pour éviter le naufrage annoncé.

Mais notre petite bande ne me laisse pas le temps de faire boire la tasse à mon bol : les remous de mon téléphone annoncent que l’équipage arrive dans moins d’un quart d’heure. Vent de panique et tempête sous un crâne :  "C’est mort ! On n’aura jamais le temps de remettre la maison en état ! "

Touchée, coulée. Le déj’ de l’année, le seul événement qui parvienne à tous nous réunir le même jour, est bien tombé à l’eau quand les canalisations ont été débordées par les flux. "On annule ?
- Non ! On improvise !
- Lila, t’es pas sérieuse ?
- Je vous ai déjà déçues ?"

Une fois la situation et mon idée exposées, on a mis les voiles en direction du Grand Canal, non loin de là. Puisque tout le monde avait mis les petits plats dans les grands (traiteur, pâtisseries, bons vins, linge de table, plus ma cristallerie d’Arques), alors, le château de Versailles en toile de fond, notre déjeuner, même sur l’herbe, garderait l’éclat d’une réception ! "Léo’, on a des couverts ?
- J’ai sorti l’argenterie de ma mère !
- Pour l’apparat ou pour éviter qu’elle rouille ?"

Depuis que nous nous sommes installés, touristes et promeneurs s’arrêtent continuellement devant nous : les uns nous prennent en photo, les autres, amusés, nous demandent ce que nous fêtons. Et la plupart se voient invités à trinquer à l’Amitié. Parfois, j’en profite pour célébrer les nouveaux Rambouillet et Longchamp Folies Spring, qui triomphent d’élégance et de fraîcheur grâce à leurs couleurs de saison. "Duchesse de Cristal d’Arques ? " Alex, une souche pour trône et une couronne de feuillages sur la tête, est heureux comme un roi. "Oui, Votre Majesté ?
- Nous avons la gorge sèche à force de discutailler avec la comtesse Mathilde. Soyez gentille, trouvez-nous un autre cru, voulez-vous ?
- Qui parle de crue, encore ? C’est pas bientôt fini de plaisanter avec mon inondation ?
- La souveraine glacière n’est pas à mes côtés, Sire ! Mais ce serait un honneur d’aller chercher de quoi étancher votre soif… "



©Armelle Tissier




"Excusez-moi ?"

Une ombre m’enveloppe complètement. Un frisson me parcourt l’échine. Les rayons du soleil redessinent les contours d’une silhouette qui me semble inconnue dans ce contre-jour éblouissant. "Ah, un retardataire ? Oublie le vouvoiement : y a bien quelques rochers au chocolat, mais on a repensé la soirée de l’ambassadeur ! Tu voulais ? Oh, et ton prénom, c’est quoi ?

- Gaspar." Gaspar marche vers moi pieds nus. Gaspar porte un pantalon de lin vert kaki sur lequel dépasse une chemise blanche, manches retroussées sur une peau mate et bronzée. Gaspar s’assied en tailleur, face à moi. Gaspar a la tête du parfait baroudeur : la barbe de trois jours et la crinière du fauve au réveil. J’ai envie de partir en voyage autour du monde. Mais Gaspar, lui, voudrait savoir à quoi correspondent les noms Rambouillet et Longchamp qu’il m’a entendu répéter plusieurs fois – c’est tout moi : les unes parlent mecs ou boutiques, les autres, chiffons ou layette, et moi, je n’ai que le boulot à la bouche ! Je remplis une coupe de vin et lui tend. "Toi, Rambouillet. Moi, Longchamp. À ta santé !
- À la tienne… Jane ?
- Non, moi c’est Lila. Lila-Rose, même, en vrai de vrai." En vrai de vrai ? Mais j’ai quel âge ? "Peu importe : ça rime plus, de toute façon." En vrai de vrai… Mais qu’est-ce qui m’a pris de dire un truc pareil ? Enchaîne, Lila ! "Pour répondre plus précisément à ta question, ce sont les collections pour lesquelles je travaille en ce moment, chez Cristal d’Arques… Je suis attachée de presse, rédactrice." Voilà. Et je décide de n’en rien dire de plus : dans mon agenda, la gommette rose collée pour ce jour signifie, comme toutes les autres collées sur les dimanches, les jours fériés et les jours de congés, "journée off".

"Et sais-tu comment ces noms ont été choisis ?" Je hausse les épaules. "C’est marrant, parce que ces noms sont des références dans ma profession. Mais contrairement à toi, je les écris rarement. En revanche, je les ai décrits souvent." Je voudrais en savoir plus : C’est quoi, ton métier ? Et ton numéro de téléphone ? Ton adresse ? Ton parfum ? Et tu préfères mes cheveux attachés ou détachés ? Au lieu de ça : "C’est-à-dire ?
- Tu connais probablement le château de Rambouillet ?
- Oui. Marie-Antoinette le détestait parce qu’elle lui trouvait l'allure gothique. Du coup, Louis XVI a fait remanier les jardins pour elle et même construire une laiterie pour lui rappeler le Petit Trianon de Versailles. J’y suis allée : c’est magnifique.
- Je suis impressionné !"

Ben j’espère bien ! "Oh, y a pas de quoi ! Si je sais tout ça, c’est parce que, récemment, il a fallu que je me documente sur cette époque. Pour mes articles." Allons donc ! J’avais réussi à faire mon intéressante, et me voilà repartie sur le sujet tabou de la journée ! Trouve autre chose, Lila ! "Depuis, Marie-Antoinette est devenue une vraie passion." Non, pas terrible… "Après la déco’." Beaucoup trop féminin, ça ! Oh, je m’enlise dans les sables mouvants de ma timidité : Gaspar – Tu permets que je t’appelle Indiana Jones ? –, sauvez-moi de là, je vous en prie !

"Je n’ai donc rien à t’apprendre sur Rambouillet. Peut-être sur Longchamp ?"

... à suivre

©MP

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